Vendredi 5 mars 2010
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ainsi la première et la plus étonnante des choses que je peux dire sur l'amour, c'est qu'il est possible que j'aie aimé
quelqu'un de toutes mes forces comme s'il avait été là avec moi et sans jamais le voir comme je vous vois.
Dans l'amour, ne ferme aucun des recoins de ton corps. Recommandait, je me crois me souvenir, saint Bonaventure. Les désirs, les instincts, les peurs, les angoisses, les refoulements, les pulsions,
les reniements. J'ai compris. Voilà au-dessus de quoi celle ou celui qui n'a jamais aimé quelqu'un de toutes ses forces et de tout son coeur essaie de s'élever. Il tombera tôt ou tard victime d'une
mélancolie plus grande encore, plus féroce que celle d'aimer. J'écoute. J'écoute attentivement. Je bois ses paroles.
Il ne s'agit pas de donner au corps un privilège sur l'esprit mais de connaître les faiblesses du corps pour accepter en nous des puissances de l'esprit capables de nous bouleverser comme un
ouragan.
D'où je remonte, je n'ai rien pu emporter. Pas la moindre chose à quoi me raccrocher. Celui qui revient d'un si long amour est comme celui qui attendrait un messager muet des nouvelles qu'il sait
impossibles à prononcer. Je n'échappe pas au tourment.